KABAT-ZINN, John (1944-). Biologiste et chercheur en Médecine américain, il se tourna dès 1966 vers différentes variétés de méditations bouddhistes, dont la Vipassana. De ce métissage interculturel de techniques  méditatives dans un cadre laïque, il tira au début des années 1980 la MBSR (Mindfulness-Based Stress Reduction) plus connue dans les pays francophones sous le nom « Méditation de Pleine conscience ». La MBSR, tout comme les techniques orientales dont elle s’inspire, tend à développer une « vue du dedans », une « observation intérieure » du corps et de l’esprit, menant à une prise en compte des émotions et pensées négatives, autant que positives. Soutenue et validée aux Etats-Unis par le National Institute of Mental Health, la « Pleine conscience » a bénéficié à partir des années 2000 d’une « visibilité » croissante au sein des institutions médicales occidentales : actuellement, il y a plus de 250 centres de MBSR de par le monde. Aux yeux des psychiatres, la MBSR ne constitue pas en elle-même un traitement psychiatrique mais plutôt une approche préventive possible, favorisant la non-dépression, et une thérapeutique des stress associés à diverses maladies graves (cancer, pathologies cardiovasculaires, dermatologiques…). En collaboration avec Kabat-Zinn, des psychopathologistes ont proposé à partir de 1995 une adaptation de la « Pleine conscience » dans une finalité psychothérapeutique de groupe, la MBCT (Mindfulness-Based Cognitive Therapy). Jon Kabat-Zinn met en avant le fait que les applications thérapeutiques de la « Pleine conscience » relèvent avant tout du « soin », plutôt que du curatif au sens fort, renouant ainsi avec les principes hippocratiques. Outre sa légitimation en tant que pratique de santé, la « Pleine conscience » bénéficie de travaux expérimentaux tendant à valider son impact sur la plasticité cérébrale, le fonctionnement attentionnel et émotionnel. Mais si dans l’optique bouddhiste, l’objectif est de « dompter » l’esprit tout en maintenant la posture corporelle adéquate, à l’inverse, les tenants de la « Pleine conscience » accordent une grande place à la corporéité et à la « sagesse du corps ».

Bibliographie John Kabat-Zinn :

 

Bondolfi, G. (2004). « Les approches utilisant des exercices de meditation de type “mindfulness” ont-elles un rôle à jouer ? », Santé mentale au Québec, 29, 1, 137-145.

Kabat-Zinn, J. (1994). Wherever you go, there you are : Mindfulness meditation in everyday life, New York, Hyperion.

Kabat-Zinn, J. (2009a). Au cœur de la tourmente, la pleine conscience, Paris, Bruxelles, De Boeck.

Benoit GRISON

 

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LING, Pehr Henrik (1776-1839). Gymnaste, poète et éducateur physique suédois, auteur du Traité sur les Principes généraux de la gymnastique (1834-1840). Dès la fin de l’adolescence, il développe un intérêt conjoint pour la littérature et les pratiques gymniques, cherchant à réguler ses problèmes de santé. D’abord marqué par la gymnastique allemande de Jahn, puis formé durant ses études au Danemark à la méthode du gymnaste Nachtegall, il crée à son retour en Suède en 1804, son propre système de gymnastique. Dès 1813, il crée et dirige à Stockholm l’Institut royal Central de Gymnastique (GCI). La méthode de Ling sera bientôt connue sous le nom de « gymnastique suédoise » : celle-ci, et les « massages suédois » qui lui sont associés, essaimeront à partir des années 1830 dans une bonne partie de l’Europe, avant de connaître un déclin après la Seconde Guerre mondiale. La « gymnastique suédoise » peut se pratiquer collectivement, mais est résolument non-compétitive et anti-élitiste. Au moment où les compétitions du sport anglo-saxon et l’Olympisme se développent, la « gymnastique suédoise » leur préfère ses festivals gymniques non-compétitifs, dont la « Lingiade » de Stockholm en 1939 fut le dernier exemple notable. Le système de Ling, soucieux d’une légitimation médicale, est centré sur l’individu (enfant, homme et femme de différents âges…), auquel il veut s’adapter ; c’est une gymnastique de santé : Ling insiste sur la maîtrise du souffle, rejette le surexercice et les postures « non physiologiques » tout comme il est hostile à la compétition. Sa conception de l’interaction corps-esprit est influencée fortement par les romantiques scandinaves et allemands et leur Naturphilosophie : c’est un holisme corporel, qui implique une quête de l’harmonie entre parties de l’organisme et au sein de la Nature. Ce dernier trait, ainsi que l’éthique non-compétitive et la centration sur la santé, rapprochent la « gymnastique suédoise » des « arts internes » chinois, Taï chi chuan et Qi Gong. Cette convergence n’est sans doute pas fortuite : certains historiens font l’hypothèse que Ling aurait emprunté aux travaux du Père jésuite Amiot, sinologue français qui, dès le 18ème siècle, fit importer des exercices traditionnels chinois à la cour du roi Louis XV. Ajoutons que Ling aurait acquis des bases d’arts martiaux auprès d’un immigré venu de Chine.

Bibliographie Pehr Henrik Ling :

 

Ling, P.H. (1834-1840). Traité sur les Principes généraux de la gymnastique, Upsal (posthume).

Mechbach, J., Lundquist Waneberg, P. (2011). « The World Gymnaestrada – a Non-Competitive Event : the Concept “Gymnastics for All” from the Perspective of Ling Gymnastics », Scandinavian Sport Studies Forum, 2, 99–118.

 

Ottosson, A. (2010). « The first historical movements of kinesiology: scientification in the borderline between physical culture and medicine around 1850 », Int. J. Hist. Sport, 27(11), 1892-1919.

 

Pradier, J.-M. (1997). La scène et la fabrique des corps : ethnoscénologie du spectacle vivant en Occident (Ve siècle av. J.-C.-XVIIIe siècle), Bordeaux, P.U.B.

Benoit GRISON

 

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Desbonnet Edmond

Selon l’historien Gilbert Andrieu, éditeur des textes d’Edmond Desbonnet et auteur de L’homme et la force,  pendant près de quinze ans, avant de s’établir à Paris, Desbonnet est éclectique. Au travail des poids et haltères, il associe les sports de plein air, surtout le vélocipède[1]. Il ouvre des salles où il donne des conseils, probablement plus que des leçons, gratuitement le plus souvent, et c’est l’argent de sa mère qui lui permet d’offrir aux plus démunis une sorte de dérivation salutaire. Plus que tout, c’est la santé qui est au cœur de sa démarche, une santé qui reste influencée par la force qu’il admire chez les funambules de son temps comme ceux des temps anciens, mais qui ne peut que s’associer au plein air[2]. J’écrivais dans L’homme et la force :

                Desbonnet ne pouvait se contenter d’une démarche empirique et, dès le début, il va chercher à acquérir les connaissances indispensables à son projet. Non seulement il suivra une scolarité traditionnelle, au pensionnat Sainte Marie, puis à l’Ecole Supérieure de Lille, mais il étudiera la physiologie avec le docteur Vallin et le docteur Julien, la zootechnie avec plusieurs vétérinaires : Frelier, Pollet, Hubert, Marchand… Il voyagera en Suède comme le feront Lagrande , Demeny ou Tissié. Bientôt il ouvre ses premières écoles de culture physique : 26 rue Nicolas Leblanc à Lille en 1885, 88 rue d’Artois en 1888, 30 place du théâtre à Lille en 1895. Dans le même temps, il crée deux écoles en plein air au Bois de la Deule, où il fait pratiquer, en plus des poids et haltères : le canotage, la natation, le vélo, la course à pied, la lutte et la boxe. Pour encourager la jeunesse à déserter les cabarets, il organise des concours athlétiques le premier à Mouscron en Belgique, le 25 décembre 1894, le second à Lille le 18 août 1895 et le troisième à Bruxelles en 1897. Il s’agit bien de compétitions sportives, ancêtres de l’haltérophilie moderne.

Sans autobiographie publiée de son vivant, ni à titre posthume, l’œuvre d’Edmond Desbonnet, analysée  par Gilbert Andrieu dans ses travaux sur la force et la culture physique, s’enracine dans le culte de la beauté virile par cette gymnastique de plancher qui «  est certainement à l’origine de l’œuvre d’Edmond Desbonnet (1868-1953) puisqu’il le dit » (Andrieu, G., 1993, 13). La fortification des corps  n’est pas la seule écriture et inscription que Desbonnet voulait pour lui-même dans l’histoire du sport et en particulier de la culture physique.

Vers la cinquantaine, Edmond Desbonnet rédige une série de  six textes retrouvés par Gilbert Andrieu dans les archives confiées à lui par Marie-Thérèse Feugère secrétaire d’Edmond Desbonnet lors de l’exposition de la Collection Desbonnet en 1992-1993, que nous présentons ici, deux textes plus ou moins hagiographiques mais aussi bibliographiques pour faire l’histoire de lui-même par lui-même et de ce qu’il considère comme son invention, la culture physique :

– ArchivDesb1 : Chacun a sa tâche ici-bas                                        1/1 à 1/13 pages

– ArchivDesb2 :  Ma vocation – ma vie – les résultats de mes efforts  2/1 à 2/11pages

– ArchivDesb3 : Une vie – une œuvre                                              3/1 à 3/3pages

–  ArchivDesb4 : Le mouvement culturiste. Comment furent créées les premières écoles de culture physique et d’éducation physique et sportive                                    4/1 à 4/6pages.

– ArchivDesb5 : Fondation de clubs et de sports pour aider le peuple à déserter les cabarets           5/1 à 5/2p.

– ArchivDesb6 : La culture physique deviendra le plus utile auxiliaire de la médecine. Conférence au Comité National de l’EPS et de l’hygiène sociale                  6/1 à 6/21pages.

                                                                                                       

Les critères de constitution du corpus révèlent combien ces textes ont des statuts bien différents, sans doute écrits entre 1914 et 1928 comme le révèle dans le premier texte où il dit avoir 60 ans au moins (« Mon œuvre m’absorbait tout entier, l’enthousiasme ne m’animait pas moins à 60 ans qu’à 20, intact après les ruines »[3] si l’on en juge les détails sur la mort des uns à la guerre, la date de la conférence du 13 mars 1920 et l’organisation des récits avec les détails contextuels. Les textes tapés à la machine ont été relus et annotés de sa main comme en témoigne les marges manuscrites et les ratures que nous avons reproduites dans l’établissement du texte dont nous présentions ici une étude thématique.

Mais plutôt que d’établir les modèles scientifiques dans leurs différences, il se démarque dans ce qui serait différents types de culture physique pour accentuer sa rupture épistémologique en une culture physique « raisonnée, curative, fortifiante, sans cabotinisme »[4]. Cette revendication souligne plutôt le caractère militant. Son écriture participe bien, estime Gilbert Andrieu, à la fois d’une impulsion et d’une admiration élaborées dans la culture familiale : « Les premières tentatives d’E. Desbonnet en faveur de la culture physique se situent dans la région de Lille entre 1885 et 1899 et sont le fruit d’une sorte d’impulsion et d’une admiration pour les hommes forts du début du siècle. Triat sera pour lui un modèle mais au-delà du gymnasiarque dont il a pu retrouver les traces dans quelques publications familiales » (Andrieu, G., 1988, 19)

Entre 1885-1888 cette chronogenèse indique comment l’héroïsation se fonde sur une série de premières et d’inventions (création de club, de compétition, de fiches, de méthode, de revue…) sans que Desbonnet ne les situe, comme si toutes ses inventions provenaient seulement de son esprit sans référence à d’autres pionniers dans le contexte des autres techniques, salles et gymnastiques. Cet effacement est caractéristique d’une auto-légitimation immodeste, même s’il reconnait des maîtres-formateurs dont la finalité est d’apparaître comme le seul, sinon l’unique, pionnier de son sport.

 Mais au-delà de l’idiosyncrasie familiale, Desbonnet veut légitimer son action dans le contexte idéologique du discours sur la dégénérescence de la race : « Héritier d’une maison de commerce très prospère, fondée en 1859, maison qui avait fait la fortune de mon père et qui, après la mort de celui-ci, revint à ma mère, je pouvais me croiser les bras, vivre de mon capital et du travail de mes ouvriers. J’ai sacrifié un avenir certain de prospérité et de quasi-farniente pour me ruiner d’abord et ruiner ensuite ma mère dans l’œuvre de la Régénération Physique et Morale de la Race Française qui fut le but de toute ma vie d’éducateur »[5]. Mettant en balance son sacrifice familial avec l’enjeu de régénération de la race française, il refuse la position de rentier pour lier la culture physique à une régénération physique et morale dans le droit fil du lien entre sport et nationalisme.

La référence au pur sang, comme dans le livre de 1908 L‘art de créer le pur-sang humain publié avec Georges Rouhet, Georges Strehly et Albert Surier, est déjà bien présente dans les manuscrits à travers la mise au point dès 1886 de fiches physiologiques ; « désormais chaque sujet désireux de faire de la Culture Physique sera examiné, mesuré, dynamométré, pour permettre d’apprécier son état général, et il possédera un carnet anthropométrique »[6]. Ce carnet  anthropométrique note les progressions sur le poids, le volume musculaire, et la taille en rapport avec la progression des exercices respiratoires mais aussi de force physique. Desbonnet poursuivra son interprétation raciale dans deux articles dans La culture physique en 1926 dans son article «  Les origines de la culture physique. Sa nécessité pour l’avenir d’une race. L’exercice modéré et dosé triomphe là où les remèdes ont échoué » et en 1936 dans son article de la culture physique sur « L’instruction publique tue la race française. Il faut alléger ses programmes qui contiennent la moitié de choses inutiles ».

Ma vocation – ma vie – les résultats de mes efforts, un texte d’onze pages est un « un bref exposé de ma vie et de mon œuvre »[7] qui abandonne ce ton intime et confessionnel pour scander une histoire de la culture physique et de son inventeur par une série  chronologique de petits textes qui introduit un ordre laudatif dans une liste continue d’items qui fait histoire pour lui-même :

 « Je lâche la proie pour l’ombre » ; «  mes débuts » ;  «  création de la gymnastique des organes » ; «  étude de la physiologie et de la zootechnie » ;  «  je proclame la valeur de la nudité et je crée l’exercice devant le miroir » ; « création des séries d’exercices » ; « organisation des fiches physiologiques et de l’examen médical » ; « recherche du grand format » ; « contre l’alcoolisme et la débauche » ; « la musculation par la localisation du travail » ; « les contractions complètes ; les doubles contractions » ; « la toilette des organes – l’exercice curatif » ; « fondation des premières écoles de culture physique » ; «  fondation des premières écoles d’éducation physique et de plein air » ; «  création du journal « l’Athlète » ; « la propagande par l’exemple » ; « En faveur de la beauté plastique » ; « Pour les bébés » ; « Le bol d’air hebdomadaire » ; « Conférences – Démonstrations sur sujets nus » ; « Les traités de culture physique pour le peuple » ; « L’haltérophile- Club de France » ; « Pour boire de l’eau pure, il faut aller à la source » ; « Pour les militaires » ; « Le jiu-jitsu en France »[8]

Cette liste mélange des faits da santé personnelle, de lutte contre la dégénérescence et de propositions d’exercice hygiéniques. La liste montre ce que retient Desbonnet ce qu’il considère comme important pour une histoire de la culture physique à constituer. Desbonnet met l’accent ici sur ses créations dans le développement de la culture physique, la signification de la pratique et les différentes valeurs morales qu’il défend. Le texte adopte ici un ton plus institutionnel en reconstituant ce qui serait les grandes étapes, mais du point de vue de son créateur, de la culture physique. Desbonnet réalise un classement autobiographique des événements de sa vie.

à partir de sa propre guérison, il suppose l’universalité du bienfait de sa méthode pour l’ensemble de la population. Desbonnet introduit le pouvoir curatif des exercices de la culture physique qui va au-delà du simple entretien de soi « Ces exercices curatifs, comme leur nom l’indique, visent les malades mêmes et n’ont d’autre objectif que la santé, prolongeant l’existence. Ils ne sont ni de la boxe, ni de la lutte, ni du vélo, ni de la course, ni du canotage, ni du football, ni du saut, ni du lancement de disque, ou de poids, ni du tennis, ni de la natation, ni de la gymnastique aux agrès, etc… ils ne sont pas un sport, mais une pratique hygiénique ; ils excluent toute idée de concours, de records, de gloriole, de manifestations publiques, de mouvements d’ensemble »[9]. Desbonnet introduit le critère de la pratique hygiénique en médicalisant  moins le processus de guérison dans une institution que serait la salle de gymnastique qu’en responsabilisant chacun(e) dans une économie de geste d’auto-santé au quotidien.

Références

Gilbert Andrieu, 1988, L’homme et la force, Paris, ed Actio

  1. Andrieu, J. Defrance eds., 1993, Accord à corps. Edmond Desbonnet et la culture physique, Paris, ed Créaphis/ Maison de la Villette.
  2. Defrance, 1984, La fortification des corps. Essai d’histoire des pratiques d’exercice corporel, Thèse de IIIe cycle, EHESS
  3. Defrance, 1987, L’excellence corporelle. La fonction des activités physiques et sportives modernes 1770-1914, Presses Universitaires de Rennes.
  4. Desbonnet, 2013, Mémoires, Paris, L’harmattan

[1] Desbonnet continuera, toute sa vie, à défendre les activités physiques de plein air comme nous pouvons le voir dans ses différentes revues. Une étude systématique de ces revues permettrait de dresser un tableau assez précis de ces activités et des justifications médicales qui les accompagnent. Jamais, Edmond Desbonnet ne perdra de vue son objectif santé et si nous voulions confirmer cette affirmation, il suffirait  d’ajouter qu’il participera avec son école parisienne à l’avènement de la future kinésithérapie.

[2] Desbonnet était tellement avide de connaître les origines de la culture physique, celles de la force plus particulièrement, qu’il s’est comporté comme un véritable historien, soucieux de précision et de rigueur. Je ne peux que recommander la lecture de deux de ses livres très instructifs sur les activités physiques qui précèdent la culture physique : Les rois de la force et Les rois de la lutte, publiés en 1910.

[3] ArchivDesb1, Chacun a sa tâche ici-bas,  p. 4.

[4] ArchivDesb1, Chacun a sa tâche ici-bas,  p. 4.

[5] ArchivDesb2,  Ma vocation – ma vie – les résultats de mes efforts, p. 1-2..

[6] ArchivDesb2,  Ma vocation – ma vie – les résultats de mes efforts, p. 5.

[7] ArchivDesb2, Ma vocation – ma vie – les résultats de mes efforts p. 1.

[8]ArchivDesb2,  Ma vocation – ma vie – les résultats de mes efforts, p. 1.

[9] ArchivDesb6, La culture physique deviendra le plus utile auxiliaire de la médecine. Conférence au Comité National de l’EPS et de l’hygiène sociale, p. 4.

 


Hébert (Georges)

Lieutenant de vaisseau, directeur du Collège d’Athlètes de Reims et de la revue L’Éducation Physique, Georges Hébert (1875-1957) a rénové les idées sur l’éducation physique par sa conception naturaliste du corps. Après ses années de formation à l’École Navale, il profite de ses voyages pour observer différents comportements gymniques d’armées régulières, de guérilleros, de travailleurs manuels et d’universitaires.

En 1903, au Bataillon des fusiliers marins de Lorient, il rompt avec les méthodes de l’École normale militaire de gymnastique et d’escrime de Joinville-le-Pont dont l’essentiel reposait sur la pratique des agrès, du drill et des exercices statiques dérivés de l’influence de la gymnastique suédoise de Pehr Henrik Ling (1976-1839) et la gymnastique volontaire de Philippe Tissié (1852-1935) consistant en décomposition du corps en partie exercées séparément par des mouvements analytiques, conventionnels et automatiques. Hébert tient au contraire à se placer sous ce qu’il reconnaît comme une école française de Rabelais (1494-1553) à Georges Demenÿ (1850-1917) en passant par Amoros (1770-1848).

Hébert substitue aux procédés en usage l’exécution de dix familles d’actions, dites naturelles ou utilitaires, pour lesquelles le corps humain serait spécialement organisé : la marche, la course, le saut, le grimper, le porter, le lancer, la nage, la défense, la quadrupédie et l’équilibrisme. L’ensemble est accompli en déplacement, à un rythme rapide, soutenu et continu, autant que possible sur un parcours en pleine nature, sur un terrain accidenté pour privilégier les facultés d’adaptation, à défaut sur un plateau d’entraînement aménagé. Le recours à une nudité relative pendant ses entraînements est d’abord signe de l’intérêt qu’il porte à l’exécution parfaite du mouvement physique, à son contrôle et à sa correction, ensuite à son attrait pour les pratiques et les théories naturistes de Bernarr Macfadden (1868-1955) dont il traduira plusieurs articles, puis de Paul Carton (1875-1947), sur les effets thérapeutiques de l’air, du soleil et de l’eau, ainsi qu’à ceux d’une alimentation frugale, voire végétarienne, en vue d’une amélioration de la résistance organique et de l’endurance. Sa méthode qu’il nomme « Méthode naturelle d’éducation physique, virile et morale » (MN), doit être économique, applicable partout et à tous les âges, aux femmes aussi bien qu’aux hommes. Aussi ne l’établit-il pas en dogme, gardant en vue sa perfectibilité par l’expérience. Le système d’évaluation des résultats qu’il propose dans son ouvrage Le Code de la Force (1911) repose sur une série de performances côtées ou davantage sur les données de la physiologie (système centimètres, grammes, secondes) que celles de l’anatomie (ruban métrique, spiromètre, etc.). Plaçant l’altruisme à la base de ses réformes, Hébert résume sa doctrine en une formule : Être fort pour être utile, être fort pour se sauver soi-même ou porter secours à son prochain.

À la sortie de la guerre 1914-1918, la MN est adoptée par diverses instances privées, entre autres les Compagnons de l’Université Nouvelle (1919), la Ligue internationale d’éducation nouvelle (1921), l’École du Vieux-Colombier (1921), la Compagnie des Chemins de Fer du Nord (1922), les écoles des usines Michelin (1925), les scouts (1926), etc. Sa notoriété devient internationale. Son influence retentit en URSS (1925), en République de Cuba (1927), en Pologne (1928), en Bolivie (1930), au Vietnam (1934), au Liban (1945), en Jordanie (1956), etc. En 1925, dans la communauté féminine et hébertiste : La Palestra, l’hébertisme prend la forme d’un modèle d’enseignement holiste constitué de six branches : un entraînement complet par la MN, un apprentissage de tous les métiers manuels courants, une culture mentale et morale, une culture intellectuelle, une culture esthétique avec des développements sur l’ésotérisme chrétien et une initiative naturiste.

Dans l’entre-deux-guerres, Hébert donne l’image d’un personnage en rupture, en opposition, conservateur et réactionnaire, un personnage contre la militarisation, la médicalisation  puis la sportivisation de l’éducation physique. La devise qu’il inscrit sur la revue L’Éducation Physique est explicite : l’éducation physique sera une œuvre scolaire, aux maîtres de la réaliser. Défenseur des équilibres naturels, il prêche l’empirisme contre le scientisme, le synthétisme contre l’analytisme, l’utilitarisme contre l’olympisme. Bien qu’Hébert ne soit pas intimement lié au régime de Vichy, l’adoption de sa méthode par le Commissariat de Borotra (1941) fait qu’il se trouve irrémédiablement associé à la politique de Vichy. Le cinquantenaire de la MN en 1955, sous la présidence du Président de la République, indique cependant le rôle que l’hébertisme continue à jouer dans les divers milieux militaires et civils. Celle-ci s’amenuisera pourtant jusqu’à disparaître avec l’importance prise par la doctrine du sport éducatif dans les années soixante.

Au début de l’engagement français en Afghanistan (2001), avec l’échec du sport éducatif pour la préparation des combattants à des terrains accidentés, la MN fait un retour dans le monde militaire pour la formation des experts en Entraînement physique militaire et sportif (EPMS) ; à la même période, elle trouve un regain d’intérêt dans quelques pratiques sportives alternatives, le Parkour, le Freerunning et le MovNat. Or, depuis quelques années, les athlètes de ces sports qui se trouvent en quête de sens se tournent vers la section hébertisme (Sport’Nat) de la Fédération Belge d’Hébertisme et de Yoga (FBHY) où la MN est toujours pratiquée de façon traditionnelle.

Références

Hébert G., 1925, Le Sport contre l’Éducation physique, Vuibert, Paris.

Hébert G., 1936, L’Éducation physique, virile et morale, par la Méthode Naturelle. Tome 1 : Exposé doctrinal et Principes directeurs de travail, Vuibert, Paris.

Philippe-Meden P., 2014, Corporéité hébertiste et philosophie mystique, Horizons/théâtre, n°4, Presses Universitaires de Bordeaux, p.135-145.

Philippe-Meden P., 2014, Georges Hébert et l’esthétique de la nature, dans Tony Froissart et Jean Saint-Martin (dir.), Le Collège d’athlètes de Reims : institution pionnière et foyer de diffusion de la Méthode naturelle en France et à l’étranger, Éditions et Presses Universitaires de Reims, p.261-279.

Philippe-Meden P., 2014, L’Éducation Physique, une revue : Sportive, Scientifique, Pédagogique, d’Enseignement et de Critique (1902-1940), Gazette Coubertin : sport et littérature, n°36-37, p.20-25.

Pierre Philippe-Meden

Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord

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MEN Hui Feng (1936- ) a débuté la pratique du wushu (arts martiaux) à l’âge de 10 ans. Surnommé en Chine « l’encyclopédie vivante des arts martiaux », il est reconnu par le gouvernement comme l’un des dix maîtres les plus fameux dans ce domaine. 9ème Duan, il a apporté nombre de contributions majeures au niveau de la découverte, de la recherche et de l’organisation des arts martiaux chinois, en particulier du taijiquan. Men Hui Feng apparaît comme un pont entre deux modes de pratique : transmission traditionnelle et enseignement universitaire. Il est à l’origine de la codification de nombreuses formes de taijiquan. Il a élaboré, pour les différents styles, une sorte de  « grammaire » et « vocabulaire » de base. Il est l’un des principaux architectes du système des grades (duan). Il a créé le style Dongyue présenté au sommet du mont Tai le premier janvier de l’an 2000, faisant ainsi entrer ce patrimoine culturel dans le troisième millénaire. Pour lui, le passage à la maîtrise ne peut survenir que lorsque lon vit le mouvement, non quand on le fait. Le wu gong/grammaire de base, en combinant les quatre mouvements essentiels de montée/descente et ouverture/fermeture, permet de réaliser les – petite et grande – circulations de l’énergie. La pratique du wu gong et du ba fa/vocabulaire de base facilite la mémorisation, permet d’habiter les formes et ouvre à la dimension intérieure du geste. Cette approche permet d’incorporer graduellement l’unité du corps (tronc/bras/jambes) et de l’esprit (souffle/imagination/conscience). Eric Caulier, l’un de ses élèves proches, a été le premier à l’inviter à Europe et a contribué à faire connaître son approche.

Eric Caulier