Étienne-Jules Marey (5 mars 1830 Beaune-15 mai 1904 Paris), docteur en médecine en 1859, s’oriente rapidement vers la physiologie et étudie plus particulièrement le fonctionnement du cœur, des vaisseaux et la circulation sanguine. Intimement convaincu qu’il est possible de pratiquer un examen clinique rigoureux sans vivisection, comme c’est pourtant le cas dans les pratiques de l’époque, il met au point et perfectionne divers appareils qui enregistrent graphiquement des mouvements intracorporels : sphygmographe, cardiographe, pneumographe, myographe….

Grâce à ces travaux innovants en « méthode graphique », il est nommé en 1869 professeur au Collège de France à la chaire d’histoire naturelle des corps organisés. Il y poursuit ses recherches dans le domaine épidémiologique. Il sera l’un des premiers à proposer des solutions hygiénistes à la transmission d’épidémies comme le choléra.

Attentif aux travaux de ses collègues et aux nouveautés de son époque, il est particulièrement intéressé par ceux du britannique Eadweard Muybridge dont la série de photographies intitulées Les allures du cheval, sont publiées le 14 décembre 1878 (La Nature, n° 289, p. 23). A partir de 1882, Marey perfectionne alors divers outils permettant en premier lieu de capter les mouvements du cœur (le fusil photographique et le chronophotographe). Ce dernier, adapté sur pellicule celluloïd, pose les prémices du cinéma scientifique.

La décomposition du mouvement ainsi obtenue concerne ensuite aussi bien l’homme que l’animal dans diverses actions. Ses ouvrages en témoignent : La machine animale (1872), La méthode graphique dans les sciences expérimentales (1878), Etude de la locomotion animale par la chronophotographie (1887), Le vol des oiseaux (1890) et Le mouvement (1894). Les dernières années de sa vie sont marquées par des études sur le mouvement de l’air en photographie instantanée (technique des souffleries aérodynamiques).

Fasciné par le mouvement, Étienne-Jules Marey est avant tout un scientifique passionné d’expérimentations.  Certaines d’entre elles étaient destinées à servir d’autres chercheurs.

Charles Frémont, en février 1895, dans Le Monde Moderne présente le geste du marteleur d’un point de vue esthétique et scientifique. «  (…) M. le docteur Marey, membre de l’Institut, l’inventeur et le vulgarisateur de la chromophotographie[1], nous a accueilli dans son magnifique laboratoire de physiologie du parc aux Princes. Il a mis à notre disposition tous ses instruments et appareils de recherche avec une bienveillance rare pour laquelle nous le prions ici d’agréer nos sincères remerciements. Nous avons pu, de la sorte, photographier sur de longues bandes, qui se déroulent très régulièrement, toutes les poses successives d’un frappeur qui martèle directement et à la volée sur du fer chaud et sur un outil. […] L’artiste peut donc faire à son gré le choix du mouvement qui lui convient le mieux. Le but de ces photographies est artistique. D’autres instruments de laboratoire nous ont permis de continuer la même étude et cela dans un but scientifique. En effet, en photographiant sur plaque fixe les poses successives donnant un cycle complet d’un coup de marteau, et en négligeant, cette fois, l’attitude de l’ouvrier, nous avons pu obtenir les positions successives du marteau et des mains de l’ouvrier. » (Frémont, 1895, p. 192).

Frémont conclut que le travail du frappeur est trois fois plus intense que celui d’un ouvrier et nécessite « un repos avant chaque reprise du travail » (temps de chauffe d’une pièce à forger).

Nadège Mariotti


Bibliographie :

Didi-Huberman, G., Mannoni, L. (2004). Mouvements de l’air, Étienne-Jules Marey, Photographe des fluides. Paris: Gallimard, Collection Arts et artistes.

Frémont, C. (1895, Février). Les mouvements de l’ouvrier dans le travail professionnel. Le Monde Moderne, pp. 192-193.

Frémont, C. (1923). Le marteau, le choc, le marteau-pneumatique. Dans 64e mémoire. Paris: Etudes Expérimentales de Technologie industrielle.

Mannoni, L. (1999). Étienne-Jules Marey, la mémoire de l’œil. Paris, Milan: Cinémathèque française, Mazzotta.

Marey, E.-J. (1873). La machine animale. Paris: EPS.

Marey, E.-J. (1885). La méthode graphique dans les sciences expérimentales. Paris: Masson.

Marey, E.-J. (1894, réédité en 1994). Le mouvement. Nîmes J. Chambon: Collection Rayon photo.

[1] Sans doute faut-il ici entendre « chronophotographie » au lieu et place de « chromophotographie », procédé de photographie directe en couleurs.


 

BR0WN Isaac Baker (1812-1873), Ostétricien chirurgien anglais

Biographie

 L’obstétricien accoucheur commence à opérer au St Mary Hospital de Londres en 1854, et réussit pour la première fois à enlever les ovaires à une patiente – qui était sa propre soeur devenant ainsi une célébrité du monde médical. La même année, il publie son livre On Surgical-Diseases of Women. En 1865, il est nommé président de la “Medical Society of London” et membre de plusieurs sociétés savantes nationales et internationales. Au sommet de sa carrière, il publie l’ouvrage On the Curability of certain Forms of Insanity, Epilepsy, Catalepsy and Hysteria in Females (1865) où il recommandait la clitoridectomie comme intervention chirurgicale afin de soigner les maladies mentionnées dans son essai. Isaac Baker Brown décrit plusieurs cas qu’il aurait opérés.

Corpus

 Une jeune fille de 21 ans souffrait dans le dos et d’hémorragie depuis des mois de douleurs en allant à la selle. Les médecins qui la soignaient avaient diagnostiqué une malformation de la matrice et firent appel au Dr. Isaac Baker Brown. Ce dernier aurait constaté que ses organes génitaux internes étaient en bon état mais qu’elle présentait des lésions sur les organes génitaux externes. Il lui extirpa le clitoris et selon ses dires, la jeune fille n’eut plus jamais de douleurs dans le dos. Dans un cas d’épilepsie, Isaac Baker Brown diagnostiqua que la patiente présentait des signes de masturbation sur la partie externe des organes génitaux et avait un polype sur le col de l’utérus, il lui enleva le clitoris. Baker était convaincu que l’origine de toutes maladies nerveuses prenait sa source dans la masturbation. Afin d’enrayer cette pratique, il enlevait aux fillettes et aux femmes le clitoris et dans certains cas les petites lèvres

 

Références

 

On Surgical-Diseases of Women(1854)

On the Curability of certain Forms of Insanity, Epilepsy, Catalepsy and Hysteria in Females (1865)

Bernard ANDRIEU