Rouquier

Georges Rouquier (23 juin 1909 Lunel-Viel-19 décembre 1989 Paris), typographe-linotypiste dans une imprimerie parisienne en 1925, fréquente avec fascination les salles de cinéma et les ciné-clubs. Il y rencontre, entre autres, Eugène Deslaw, réalisateur de La marche des machines (1928), pour qui il tourne quelques plans tout en conservant un emploi de nuit à l’imprimerie.

En 1929, au cours d’un séjour à Lunel, il réalise Vendanges (déclaré perdu). Muni de sa caméra 7 Debrie et de quelques morceaux de pellicule 35 mm, il filme ce qu’il connait le mieux. Bien qu’il soit peu satisfait de ce travail, « Tout le programme de Rouquier est déjà là : savoir de quoi l’on parle, et le donner à voir, aussi simplement, aussi efficacement que possible, et aussi, bien sûr, fidèlement. Lorsque Rouquier plante sa caméra devant un artisan, un paysan, un ouvrier, son projet est, à l’aide de la machine à imprimer des images, d’enregistrer l’ensemble des gestes et des pratiques du métier : c’est à partir de ces gestes, de ces pratiques, que se construit le discours, et qu’apparaît le personnage et son histoire propre. Pour Rouquier, montrer le geste, c’est montrer l’homme. » (Pilard, 1989, p. 3)

L’arrivée du cinéma parlant et le coût plus important qu’il engendre freinent Rouquier dans ses désirs de réalisation jusqu’en 1941, date à laquelle il rencontre le producteur Etienne Lallier. « Comme j’avais peur d’être pris par le STO (Service du travail Obligatoire en Allemagne), je me suis jeté à l’eau, je me suis lancé dans le cinéma, en 1943. » précise-t-il (Toubiana, S., Bergala, A., 1984, p. 9).

Durant la période de l’Occupation, il réalise cinq films : Le Tonnelier (court-métrage 1943, Grand Prix du Congrès du film documentaire), Le Charron (court-métrage 1943), L’Économie des métaux, La Part de l’enfant (courts-métrages 1943, commandes de l’État français) et Farrebique (long-métrage 1946, Grand Prix International de la critique Cannes 1946, Grand Prix du Cinéma Français 1946, Médaille d’Or Venise 1948, Grand Epi d’Or Rome 1953). Ce dernier est une chronique du travail agricole dans le Rouergue.

De nombreuses polémiques cinématographiques entourent ces films dans les pays anglo-saxons : sont-ils empreints de valeurs vichystes ? John H. Weiss, suite à diverses interviews de Georges Rouquier menées en 1978, nuance largement ces propos (Peccatte, 2011). « In an attempt to understand what the wartime films of Georges Rouquier reflect, I submit that his individual biography and artistic conceptions come first, the shared economic and social conditions of the Occupation second, the common historical experience of the population long before the arrival of the Germans third, and the influence of official propaganda from Petain’s headquarters a distant fourth[1]. » (Weiss, 1981)

 

Le succès de Farrebique  inspire à Rouquier une suite, Biquefarre, qui ne voit le jour qu’en 1983, faute de producteurs convaincus. Dans l’intervalle, le réalisateur tourne treize courts-métrages et trois longs-métrages. Polyvalent, il est pour ces films comme pour d’autres, tour à tour scénariste, dialoguiste, assistant réalisateur, interprète, auteur de commentaire, directeur de photographie, monteur, producteur, adaptateur ou encore superviseur de réalisation.

Fasciné par la réalité, il mêle avec succès fiction et documentaire et réalise ainsi quelques films de commande, dont trois liés à la sécurité au travail (Un Jour comme les autres (1952), Une Belle Peur (1958), Le Bouclier (1960).

Alors que l’ordonnance du 6 janvier 1959 développe l’audio-visuel dans le domaine éducatif, Georges Rouquier, aux côtés de Nestor Almendros, Jean Douchet ou encore d’Éric Rohmer, tourne pour la Radio-Télévision scolaire (RTS). De 1964 à 1969, il réalise ainsi quatorze films pédagogiques, dont neuf en 1964 et dix en Initiation aux sciences physiques, classe de troisième. Les charbons (diffusé à la RTS le vendredi 22 avril 1966 de 10h05 à 10h25) et L’ouvrier (diffusé à la RTS le 16 mars 1965 de 14h05 à 14h30) sont remarquables sur le plan pédagogique pour les gestes professionnels et la vie quotidienne qu’ils affichent. En 1969, Georges Rouquier, avec Nanouk de Robert Flaherty I et II, rend hommage à l’un de ses mentors. Il y montre comment, en tournant en décor naturel et sans comédien, le réalisateur américain fonde les prémices du « cinéma vérité »  (Canopé Média-Scérén).

 

Nadège Mariotti

 

Bibliographie :

Auzel, D. (2002). Georges Rouquier: De Farrebique à Biquefarre. Paris: Cahiers du Cinéma, Petite Bibliothèque des Cahiers du Cinéma.

Canopé Média-Scérén. Catalogue des collections audiovisuelles du réseau Canopé: [en ligne consulté le 29.07.2015] http://www.cndp.fr/media-sceren/catalogue-de-films

Peccatte, P. (2011, juin 13). Déjà vu, Carnet de recherche visuel. Les premiers films de Georges Rouquier – faits, fictions, dissimulations. Culture visuelle: [en ligne consulté le 28.07.2015] http://culturevisuelle.org/dejavu/705

Pilard, P. (1989). Georges Rouquier. Dans P. Haudiquet, Georges Rouquier (p. 3). Paris: Images en Bibliothèque.

Rouquier-Signorini, M. (s.d.). C’est un document rare que vous allez voir… Fonds Pierre Zucca, réf. ZUCCA98-B10, Cinémathèque française.

Toubiana, S., Bergala, A. (1984, avril). Une curieuse solitude. Cahiers de Cinéma n°358, pp. 8-9.

Weiss, J. H. (1981, Spring). An Innocent Eye ? The Career and Documentary Vision of Georges Rouquier up to 1945. Cinema Journal, Vol. 20, N°2., pp. 38-62.

 

[1] Traduction disponible sur http://culturevisuelle.org/dejavu/705